Comment tout a commencé…

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Je ne me souviens pas de mes premières règles, je supporte plutôt bien la douleur, j’étais préparée à avoir mal, j’étais même du genre à me moquer des camarades qui venaient avec une attestation qui les exemptait de piscine! Les chochottes! A 17 ans, ma première fois fut un carnage, une scène de crime. Le pauvre avait pourtant fait bien attention à moi! Les saignements ont duré plusieurs jours, la douleur aussi. Pendant des années, j’ai eu des « règles douloureuses ». Jusqu’à mes 25 ans. Là tout a changé.

Mes « règles douloureuses » sont devenues insupportables. 3 jours avant, pendant, et 3 jours après. Au point que je n’arrivais plus à m’asseoir pendant plusieurs jours. Même la position allongée était compliquée. Je me souviens avoir passé des nuits à errer dans mon appartement en position pliée, car seul moyen de ne pas pleurer. Après plusieurs mois comme ça (je vous avais dit que je supportais plutôt bien la douleur, je sais pas chouiner, c’est pour les chochottes), j’ai commencé à consulter. « Vous devez être constipée Melle » « Je vous conseille le yoga pour vous détendre » « Le médecin vous a prescrit des suppositoires effervescents? ». Gynécologues, Médecins généralistes, Pharmaciens, Gastro-entérologues… Et 3 jours de position pliée… Et rebelote…

Et ma mère au téléphone tous les jours « Tu devrais venir voir mon gynéco, je suis sûre qu’il trouverait ». Comment un vieux gynécologue en Picardie trouverait ce qu’aucun Gynéco fraîchement émoulu de Lille ne trouvait pas? Et un jour j’ai accepté, et j’ai vidé mon sac au gynéco de ma mère (et de ma grand-mère, la classe internationale). J’ai mal, j’ai l’impression qu’on me transperce le bas du ventre jusqu’à la fesse droite, puis la douleur diffuse dans la jambe jusqu’au petit orteil. Aucun anti-douleur ne fonctionne, je ne peux pas dormir, je ne peux pas m’asseoir, je travaille pliée, je vais faire mes séances à domicile en traînant la patte droite… Et les larmes… Et son sourire bienveillant: « Je pense que vous souffrez d’endométriose Maud, nous allons prévoir une coelioscopie très vite ». Quelques jours après, le diagnostic tombe. Endométriose profonde. Il m’explique, me dit quel bordel c’est dans mon ventre, que j’ai enduré des douleurs similaires à celles d’un accouchement sans péridurale… (ouf, ok j’ai pleuré, mais je suis pas une chochotte). Et 3 ans de ménopause artificielle.
Et l’été 2013. Retour de la lame qui me transperçait plus jeune, en pire. Saignements, ah non… pire… hémorragie… Panique. RDV en urgence avec mon premier sauveur. Examens. Ma saloperie d’endométriose avait mangé des épinards en loucedé pendant ma ménopause artificielle, et elle était revenue de plus belle, avec notamment un énorme nodule qui comprimait le rectum, le vagin, infiltrait l’intestin, l’utérus, et avait pris au piège les nerfs de sensibilité de la vessie (ah bah oui, maintenant que tu le dis Docteur, je n’ai absolument jamais envie d’aller aux toilettes…). Mon vieux gynéco est sans appel, il faut opérer. Et il me conseille un bon chirurgien qui connaît et comprend l’endométriose, et que je rencontre, délais obligent, en novembre 2013. Il a des yeux bleus qui cassent ma carapace d’un seul coup .Il me comprend, il me dit d’arrêter d’être forte. Au vu de tous les examens (échoendoscopie rectale, irm rectovaginale, examen urodynamique, etc etc etc) l’opération est inévitable si je veux un jour être Maman.

Il m’explique les délais, le traitement pré opératoire de 2 mois, la semaine d’hospitalisation, le risque important d’en sortir avec une poche transitoire. Je calcule. 2 mois, plus 1 semaine, plus 3 mois peut-être avec une poche… Avril… Mon amoureux et moi on se marie le 5 avril… Je chiale… (pffff, aucune dignité la meuf…). Pas question de décaler mon mariage. Je décide de reculer l’intervention. 5 mai, c’est bien ça, pour fêter notre premier mois de mariage! Alors je me prépare: 99% de risque de sortir avec une poche. Seule préoccupation. Une jeune mariée avec une poche, voilà qui est sexy. L’idée fait son chemin. C’est rien, mon mari est compréhensif, il est là à chaque moment de panique, à chaque crise de larmes, on en parle, on en rit. Mes amis louent une villa sur la côte pour les vacances d’été, pour que je puisse bronzer « poche à l’air » sans avoir peur du regard des gens sur la plage. Je suis prête.

5 mai, en blouse cul nu, frigorifiée en attendant la salle d’op. Et les yeux bleus, rassurants, me parlent en me tenant la main. Je comprends rien, et j’essaie de lire sur ses lèvres mais sans mes lunettes pas moyen. Ca me réchauffe malgré tout. C’est parti. 7 heures sur la table. Je me réveille, et je cherche la poche. Je panique, je m’agite. Je parle toute seule. Elle est où cette putain de poche. « Le Docteur a fait des miracles Madame, vous n’avez pas de poche! ». J’ai pas de poche. J’ai pas de poche. Un brancardier. J’ai pas de poche. Un deuxième. J’ai pas de poche. L’ascenseur. J’ai pas de poche. Le couloir. J’ai pas de poche. Mon Clément. Je pleure. J’ai pas de poche. Maman, Papa, j’ai pas de poche. Ma chambre, un énorme bouquet blanc, une installation de geek digne d’un épisode des Experts Manhattan, j’ai sommeil (il paraît que je m’endors en souriant).
Janvier 2015! Après 2 mois de convalescence, j’ai retrouvé mon cabinet, mes patients, mes 13h de boulot par jour, mon rythme de fou, je suis debout! J’ai arrêté le traitement qui me maintenait en ménopause artificielle depuis quelques jours. Je surveille des cycles qui m’étaient devenus étrangers. Je pense à mon premier vieux sauveur, Dr Pierre C., et je pense à mon deuxième sauveur aux yeux bleus, Dr Pierre P., et j’espère pouvoir bientôt être la maman d’un petit gars, dont le 2e prénom est tout trouvé.

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7 Comments
  • Mimine
    10 février 2015

    :'( Moi je chiale d’émotion !!

  • 4 mai 2015

    ca prend les tripes quoi ….

  • Gauthier.
    5 mai 2015

    Super style, très touchant! Plein de bonheur pour la suite. A très bientôt.

  • Emmanuelle LM.
    5 mai 2015

    Trop forte ma petite Maud, tu peux être tellement fière de toi 🙂 Des bisous à toi et mini-vous!

  • montanger
    5 mai 2015

    Quel courage, quelle volonté…c’est impressionnant.

  • Filleul Stéphanie ortho
    22 mai 2018

    Je suis impressionnée par ton courage !!! Et moi qui me plaint de notre parcours PMA et le fait qu on passe bientôt à la FIV, je n’ai pas eu de telle douleur encore….

    • Maud
      22 mai 2018

      J’ai pas vraiment eu besoin de courage, j’avais pas trop le choix 🙂 Alors que toi tu te lances dans une aventure de ouf, tu as beaucoup beaucoup plus de courage que moi. J’ai suivi le parcours FIV d’une de mes meilleures amies, et respect.

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