Comment je suis grave une fille de…

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Alors je te vois venir, tu t’es déjà fait de moi une image de dragon insensible, capable de refuser ces chers bambins à la réception de mon mariage, ou encore d’insulter les pauvres vendeuses de robes de mariée… Je ne peux pas te contredire, je suis une garce. J’avoue, je n’aime pas vraiment faire d’efforts.  J’ai assez donné. Et j’ai appris. Aujourd’hui, si tu veux, tu peux m’aimer comme je suis, ou passer ton chemin. Je suis armée. Tu veux l’histoire?

Il y a de cela 33 ans, vivait en Picardie un réparateur pour tracteur. Un soir, comme tant d’autres soirs, il mit son plus beau pattes d’eph’, une chemise satinée, et avec quelques amis mâles ils investirent la piste de danse d’une discothèque belge. Non loin de la piste, écumant son 2ème ou 3ème Gin Fizz, une rouquine décompressait de sa semaine de classe avec ses copines institutrices. Soudain, leurs regards se croisèrent. Lui, tout en distinction, se mit à danser comme un imbécile pour faire rire la jolie rousse. Elle, faussement prude, mais vraiment hilare, commençait à oublier ses pines-co. Et là, David Guetta a connecté ses neurones, et a lancé une série de slows (=danse langoureuse inventée pour choper, très en vogue jadis, aujourd’hui absente des playlists de nos DJs actuels, ndlr). N’écoutant que son courage, le valeureux réparateur de tracteur invita l’institutrice. Ainsi plus proches que jamais, ils firent connaissance.

Elle s’appelle Christine, elle est instit. Il s’appelle Marc, il  est docteur (pour tracteur). Evidemment la jeune demoiselle, injustement abusée par les Gin Fizz, n’entend pas la parenthèse. (Popopopopopo le putain de bon parti!!!!).

Heureusement, quelques temps plus tard, et plus amoureuse que jamais, peu importait le métier. Marc était le bon. Ils se marièrent. Ils eurent un magnifique bébé (c’était moi, alors non je ne te dirai pas que j’avais une tête en forme de cigare). La perspective d’évolution du réparateur de tracteur était globalement limitée. Aux tracteurs. Alors encouragé par sa jeune épouse, il prend des cours par correspondance. Des cours de finances. Il veut que Christine soit fière de lui. Le matin, il enfile son bleu de travail. Le soir il s’occupe de sa fille. Puis il bosse ses cours jusque pas d’heure. Et rebelote. Tracteurs, biberons, cours. Et les examens. Réussis. Et les candidatures. Et les retours. Admis dans une banque, ou aux impôts. Ah ah. Ok pour la banque. L’ancien docteur pour tracteur ne ménage pas sa peine, il commence guichetier. Mais il veut mieux, pour sa femme, pour sa fille. Il bosse bien. On lui confie une petite clientèle, mais pour ça, il faut changer d’agence, de ville. Peu importe. Christine demande sa mutation, et suit son mari promu. Et la petite soeur arrive. Et une nouvelle mutation. Tous les 3 ou 4 ans. Christine demande toujours à changer de poste au moment où elle se sent enfin bien dans une école. Mais c’est rien. Elle suit Marc, avec leurs deux filles.

Marc dirige aujourd’hui plusieurs agences bancaires. Il est balaise Papa. Et le costume lui va grave bien. Maman compte les 6 mois qui l’amèneront en retraite. Enfin. Alors que ses copines instits ont fait toute leur carrière dans la même école, avec les mêmes collègues, elle a été obligée, toute sa vie, de se contenter des classes dont personne ne voulait parce qu’elle était la dernière arrivée. Elle  aurait aimé pouvoir se poser, devenir directrice d’école. Mais elle aime son mari et ses filles encore plus je crois.

Et ma soeur et moi. Bien sûr nous avons déménagé tous les 3/4 ans. Bien sûr nous avons du faire des efforts pour nous faire accepter dans une nouvelle école, un nouveau conservatoire. Bien sûr nous avons du quitter nos copines, à l’époque où on n’avait pas de smartphone pour rester en contact. Bien sûr nous nous sommes battues pour nous faire de nouvelles copines. Mais sincèrement, elle a pas été magique notre enfance? Trouve aujourd’hui des parents assez amoureux pour se suivre n’importe où n’importe quand. Trouve des parents assez aimants et attentionnés pour se mettre de côté tous les 4 ans et assurer, toujours, les cours de musique, de sport, les devoirs, les sorties. Trouve une famille qui aime être ensemble, partout et nulle part. Les sacrifices de nos parents nous ont rendues vachement fortes. Assez fortes pour faire pareil. Assez fortes pour te dire que si tu nous aimes c’est bien.

Si pas, c’est rien.

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