Comment j’ai le cul entre deux chaises…

Posted on 4 min de lecture 228 vues

Enfin, comment j’avais le cul entre deux chaises, pour être exacte. Je sais pas si j’en ai choisi l’une des deux, ou si je suis carrément allée poser mon postérieur ailleurs, mais j’ai carrément gagné en confort.

Par contre j’ai du m’asseoir sur plein de principes et d’idées préconçues… Et j’ai eu un peu de mal à me l’avouer, mais ça m’a fait mal au cul.

Comme beaucoup de meufs (jeunes, libres, belles et rebelles, évidemment), j’avais une vie trop cool et hyper remplie quand j’étais célibataire. Et puis, au final, après le mariage, rien n’avait vraiment changé. Je continuais de bosser mes 12h par jour, je voyais nos potes le soir, même en semaine, à la grande incompréhension de ma mère. Tous les WE étaient bookés des mois à l’avance, on avait des longues journées et des petites nuits, et ça nous allait très bien!

Pas question d’être comme ces couples qui se coupent du monde pour rester ensemble. Pas question d’être comme Machine qui savait pas sortir sans son mec, ou comme les 2 faux-vieux là, qui n’invitent plus que le dimanche midi. On avait nos boulots, nos potes, nos loisirs, et nous deux. Et puis, Chou, promets qu’on sera jamais comme Truc, qui a réduit son horizon à sa femme et son gosse. On est capable de tout gérer de front nous. Et puis je me vois pas arrêter de bosser, j’adore mon boulot. Et puis je suis pas cucul.

Et la bébé est arrivée. Et à 2 semaines elle faisait son premier resto. A 3 mois les premières vacances au ski. Et une soirée poker. Et une soirée dégustation.
Elle est extra notre fille. On la trimballe partout, elle est adorable.

Et la fin du congé maternité. Et la boule au ventre. Envie de pleurer.
Le test de la crèche m’a achevée. Je veux pas. Je peux pas.
C’est quoi l’idée? Faut retourner bosser avec les gosses des autres pour pouvoir payer la meuf de la crèche qui va s’occuper de ma fille? Sérieusement ? Je dois bosser pour que quelqu’un d’autre s’occupe de ma bébé? Je veux pas. Je peux pas.

Mes copines elles m’avaient dit, tu verras, tu seras trop contente de reprendre le taf! Retrouver tes collègues, tes patients, une vie sociale et tout! Je me suis toujours dit que je serais contente de reprendre le taf. Les collègues, les patients, la vie sociale et tout. Mais en fait nan. Je sais pas, je pleure.

Je monte dans la voiture, je pleure. Je sors de la crèche, je pleure. Je veux pas pleurer, je peux pas faire autrement.

Je récupère ma gosse, je pleure. Je prends ma douche, je pleure. J’y arrive pas.

Je papote avec mes copines. Elles me manquent. Elles me proposent une terrasse. Je peux pas. Un ciné. Je peux pas. Je veux pas. Et je trouve des excuses.

Pas moyen d’aller bosser. Mon mari m’emmène de force en voiture, de peur que je fasse demi-tour avant d’arriver si j’y vais seule. Il vient me rechercher le soir. Que personne ne me parle, sinon je pleure.

Je n’ai envie de rien d’autre que de ma famille. Mais je suis pas comme ça. Normalement je devais être une jeune maman comme dans les films. Celle qui sait gérer sa vie pro, sa famille, ses copines, le sport, la cuisine et même se maquiller dans la voiture. Normalement je devrais pas pleurer, je suis pas faible bordel. Normalement… J’avais pas prévu ça…

Je sais pas ce qui m’arrive. Ça m’effraie tout ça. Et le médecin, la porte en face, qui me convoque dans son bureau. Maud, qu’est-ce qui t’arrive. Et je pleure. Quelle conne.

Putain. J’entends pas tout. Baby Blues? C’est des conneries le Baby Blues. Dépression du Post Partum. C’est des conneries aussi. Je n’en veux pas de tes antidépresseurs. Foutez-moi la paix. Lâchez-moi.

Et je dors pas. Et je cogite. Et en fait je suis con.
Je savais qu’un bébé changeait la vie. Ça change ton emploi du temps, ça change tes journées, tes nuits. Ça change tes WE, tes vacances. Ça change tes courses, tes finances. Ça change tes blagues, tes discussions. Ça change ta garde-robe et ta bagnole.

Mais en fait, le truc auquel j’étais pas préparée, c’est que ça change tes priorités. Et t’as beau adorer tes potes, le meilleur apéro du monde ne vaut pas une minute de câlin avec ma toute petite. T’as beau adorer ton boulot, les meilleurs patients du monde ne valent pas le sourire plein de purée de ma petite affamée. Les meilleurs collègues du monde ne valent pas Papa qui nous fait des prouts dans le cou à toutes les 2.

Et elle est là la solution. Je suis mal dans mes baskets parce que je ne suis pas moi. J’essaie d’être celle que j’avais imaginée. Celle que tout le monde veut qu’on soit. Mais je suppose que je suis une fille plutôt basique. Pas une héroïne de film hollywoodien. Pas de quoi se la raconter quoi. Me suis rendue compte que, merde alors, je dois ressembler à ma mère. J’ai pas envie de me passer de ma fille ni de mon mari. Ma joie est conditionnée à eux. Ma vie, c’est eux.

Maintenant que j’ai fait la bonne mise à jour, je comprends. Je vais bosser avec plaisir, je reçois et je bouge avec plaisir. Mais que personne ne s’avise de me priver de mon mari ou de ma fille. Ceux-là finiront par se passer de moi.

What do you think?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 Comments
  • Mathy
    24 mai 2016

    tu as réussi à passer le cap, moi après plusieurs essais je n’y arrive plus, il n’y a que quand je suis avec elles que je me sens bien, c’est comme ça et ce sera encore comme ça pendant quelques années j’imagine… elle est loin la nana indépendante qui gérait sa vie comme une aventurière, maintenant je suis une flippée de la vie et je reste chez moi. Je n’aurais pas cru…

  • Emmanuelle Cavelier
    24 mai 2016

    Tu as bien raison, la vie ce n’est vraiment pas comme dans les films (à mon grand désespoir) 😉
    Bel article et belle déclaration d’amour en tout cas!

  • charlotte
    24 mai 2016

    On ne peut pas imaginer avant d’être maman. Je devais reprendre aux 4 mois de mon petit dernier, j’ai pris 6 mois de congé parental et prolongé encore pour ne reprendre qu’en Septembre. Je sais combien cela sera difficile de le laisser tout comme c’est difficile de laisser mes deux premiers (louper la rentrée, les sorties scolaires …) pour m’occuper des enfants des autres. Mais, je connais mes priorités, s’ils sont malades, je n’irai pas travailler. Si l’on peut jouer ensemble, je travaillerai quand ils seront couchés. Mes enfants sont ma priorité et vu comme le temps passe vite, je n’ai aucun regret. Alors je te comprends à 200% !

Suis moi !

Suis moi !

Vous êtes maintenant abonné